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贺卫方的博客

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[转载]瓦莱里《水仙辞》(旧译一首)  

2015-05-18 14:14:00|  分类: 转载 |  标签: |举报 |字号 订阅

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以下选译《那喀索斯》Fragments du Narcisse比较考察瓦莱里的艺术之美

 

Fragments du Narcisse

《那喀索斯片段第二章

Paul Valéry

彭建华译

Cur aliquid vidi

为什么我看见一切事物?

 

(奥维德《忧伤》,二,103

Que tu brilles enfin, terme pur de ma course !

最终现出了你的闪耀,终结了我的行程!

Ce soir, comme d'un cerf, la fuite vers la source

黄昏哟,像一只鹿向泉水跑去

Ne cesse qu'il ne tombe au milieu des roseaux,

不停息,直倒在芦苇中,

Ma soif me vient abattre au bord même des eaux.

我的焦渴把我击倒,一样地在水边,

Mais, pour désaltérer cette amour curieuse,

但,为了消解这奇异的爱恋,

Je ne troublerai pas l'onde mystérieuse :

我不会扰动这神秘的一潭:

Nymphes ! si vous m'aimez, il faut toujours dormir !

林泽女神!如果你爱我,今天本当入眠!

La moindre âme dans l'air vous fait toutes frémir ;

空中轻微的灵魂,你让所有颤动;

Même, dans sa faiblesse, aux ombres échappée,

同样,在它的微弱中,在逃遁的暗影里,

Si la feuille éperdue effleure la napée,

仿佛一片落叶擦过水面,

Elle suffit à rompre un univers dormant...

它足以扰动沉睡的世间……

Votre sommeil importe à mon enchantement,

你的沉睡引发了对我的诱惑,

Il craint jusqu'au frisson d'une plume qui plonge !

相信仅是一片坠下的羽毛的颤抖!

Gardez-moi longuement ce visage pour songe

这(娟好的)容颜,为了梦想,长久地保护了我

Qu'une absence divine est seule à concevoir !

(梦想里),是隐没的神灵将它构想!

Sommeil des nymphes, ciel, ne cessez de me voir !

女神已入眠,天空,不要中断对我的守望!

 

 

Rêvez, rêvez de moi !... Sans vous, belles fontaines,

梦吧,梦见了我!……没有你,美丽的泉,

Ma beauté, ma douleur, me seraient incertaines.

我的俊美,我的忧郁,我会不知晓的。

Je chercherais en vain ce que j'ai de plus cher,

我徒然地追求我无尚眷爱的(娇颜),

Sa tendresse confuse étonnerait ma chair,

它迷蒙的抚爱,惊蛰我的肌肤

Et mes tristes regards, ignorants de mes charmes,

和我烦忧的眼光,忘了是对我的诱惑,

A d'autres que moi-même adresseraient leurs larmes...

像对着另一个自己,我流露出眼泪……

 

 

Vous attendiez, peut-être, un visage sans pleurs,

也许,你期待一个不流泪的面容,

Vous calmes, vous toujours de feuilles et de fleurs,

你多么宁静,今天你簇拥了叶和花,

Et de l'incorruptible altitude hantées,

我常来眷顾(你),不朽的深远的(一池)

O Nymphes!... Mais docile aux pentes enchantées

哦林泽女神!……然而,顺从于诱惑的斜坡

Qui me firent vers vous d'invincibles chemins,

它让我沿着看不清的路走向你,

Souffrez ce beau reflet des desordres humains !

请容许我这内心骚乱者的美丽映像吧!



Fragments du Narcisse

那喀索斯第二章

Paul Valéry

彭建华译

Cur aliquid vidi

为什么我看见一切的物?

 

(奥维德《忧伤》,二,103

Que tu brilles enfin, terme pur de ma course !

你最后的辉煌,终结了我的行程!

Ce soir, comme d'un cerf, la fuite vers la source

黄昏哟,像一只鹿向泉水跑去

Ne cesse qu'il ne tombe au milieu des roseaux,

不停息,直倒在芦苇中,

Ma soif me vient abattre au bord même des eaux.

我的焦渴把我击倒,一样地在水边,

Mais, pour désaltérer cette amour curieuse,

但,为了消解这奇异的爱恋,

Je ne troublerai pas l'onde mystérieuse :

我不会扰动这神秘的一潭:

Nymphes ! si vous m'aimez, il faut toujours dormir !

林泽女神!如果你爱我,今天它应入眠!

La moindre âme dans l'air vous fait toutes frémir ;

空中微微的灵魂你让所有颤动;

Même, dans sa faiblesse, aux ombres échappée,

同样,在它的虚弱里,在逃遁的暗影里,

Si la feuille éperdue effleure la napée,

仿佛一片落叶擦过水面,

Elle suffit à rompre un univers dormant...

它足以打断沉睡的世间……

Votre  sommeil  importe  à mon  enchantement,

你的沉睡悠然关系我的诱惑,

Il craint jusqu'au frisson d'une plume qui plonge !

相信仅是一片坠下的羽毛的颤抖!

Gardez-moi longuement ce visage pour songe

为了梦想,长久的保护我这容颜

Qu'une absence divine est seule à concevoir !

(梦想里)神圣的分离只为了思念!

Sommeil des  nymphes,  ciel, ne cessez de me voir !

女神的入眠,天空,不会中断我的观看!

 

 

Rêvez,  rêvez de moi !... Sans vous, belles fontaines,

梦想,梦想着我!……没有你,美丽的泉,

Ma beauté,  ma douleur,  me seraient incertaines.

我的俊美,我的忧郁,我会不知晓的。

Je chercherais en vain ce que j'ai de plus cher,

我徒然地追求我是无上的恋爱,

Sa tendresse confuse étonnerait ma chair,

它朦胧的爱抚,惊撼我的肌肤

Et mes tristes regards, ignorants de mes charmes,

和我烦忧的眼光,忘了把我的诱惑

A d'autres que moi-même adresseraient leurs larmes...

加于显示人们眼泪的那个……

 

 

Vous attendiez,  peut-être,  un visage sans pleurs,

可能,你期待一个不流泪的面容,

Vous calmes, vous toujours de feuilles et de fleurs,

你,平静的,今天你,簇拥了叶和花的,

Et de l'incorruptible altitude hantées,

常常眷顾的,不朽的深远的,(你)

O Nymphes!... Mais docile aux pentes enchantées

哦林泽女神!……然而,顺从于诱惑的斜坡

Qui me firent vers vous  d'invincibles  chemins,

它让我沿着看不清的路走向你,

Souffrez ce beau reflet des desordres humains !

容许骚乱的人们的美丽映像!

 

 

Heureux vos corps fondus, Eaux planes et profondes !

你的能溶化的整体,是有福的,平而深的水!

Je suis seul !... Si les Dieux, les échos et les ondes

我是孤独的!……如果众神,回声和泉水,

Et si tant de soupirs permettent qu'on le soit !

如果所有的叹息,允许人们孤零!

Seul!... mais encor celui qui s'approche de soi

孤独!……恰是那走近自我的人

Quand il s'approche aux bords que bénit ce feuillage...

当他走近这祝福繁叶的边境……

Des cimes, l'air déjà cesse le pur pillage ;

从头顶,空气已经停止纯洁的侵凌;

La voix des sources change, et me parle du soir ;

泉水的声音改变了,和我轻语黄昏;

Un grand calme m'écoute, où j'écoute l'espoir.

广漠的宁静倾听我,而我倾听希望。

J'entends l'herbe des nuits croître dans l'ombre sainte,

我听见,在圣洁的暗影下,夜的草在生长,

Et la lune perfide élève son miroir

不忠实的月亮升起她的镜子

Jusque dans les secrets de la fontaine éteinte...

在晦暗的泉源的秘密下……

Jusque dans les secrets que je crains de savoir,

在我难以知道的秘密下,

Jusque dans le repli de l'amour de soi-même,

在自恋的褶子下面,

Rien ne peut échapper au silence du soir...

没有什么可以逃脱黄昏的寂静……

La nuit vient sur ma chair lui souffler que je l'aime.

黄昏来即我的肌肤,对它低语,这是我爱的。

Sa voix fraîche à mes vœux tremble de consentir ;

它的声音清凉了我应允的发颤的誓言;

A peine, dans la brise, elle semble mentir,

一丝痛苦,在微风里,它像是欺骗,

Tant le frémissement de son temple tacite

它默示的神殿的一切战栗

Conspire au spacieux silence d'un tel site.

共谋形成这场景广大的寂静。

 

 

O douceur de survivre à la force du jour,

白日的热力余存的温馨,

Quand elle se retire enfin rosé d'amour,

当它最终回到爱情的玫瑰色,

Encore un peu brûlante, et lasse, mais comblée,

还有一些燃烧,倦怠,却是满的,

Et de tant de trésors tendrement accablée

一切宝藏轻微的加重了的(玫瑰色)

Par de tels souvenirs qu'ils empourprent sa mort,

因为这些回想:它们染红了白日的死亡,

Et qu'ils la font heureuse agenouiller dans l'or,

它有福的前额在澄金中叩首,

Puis s'étendre, se fondre, et perdre sa vendange,

随后张大,消熔,失去它的酒色,

Et s'éteindre en un songe en qui le soir se change.

随后在一个夜的替转的梦里熄灭。



Charmes — Paul Valéry

Fragments du Narcisse


I

Cur aliquid vidi ?

Que tu brilles enfin, terme pur de ma course !

Ce soir, comme d’un cerf, la fuite vers la source
Ne cesse qu’il ne tombe au milieu des roseaux,
Ma soif me vient abattre au bord même des eaux.
Mais, pour désaltérer cette amour curieuse,
Je ne troublerai pas l’onde mystérieuse :
Nymphes ! si vous m’aimez, il faut toujours dormir !
La moindre âme dans l’air vous fait toutes frémir ;
Même, dans sa faiblesse, aux ombres échappée,
Si la feuille éperdue effleure la napée,
Elle suffit à rompre un univers dormant...
Votre sommeil importe à mon enchantement,
Il craint jusqu’au frisson d’une plume qui plonge !
Gardez-moi longuement ce visage pour songe
Qu’une absence divine est seule à concevoir !
Sommeil des nymphes, ciel, ne cessez de me voir !

Rêvez, rêvez de moi !... Sans vous, belles fontaines,
Ma beauté, ma douleur, me seraient incertaines.
Je chercherais en vain ce que j’ai de plus cher,
Sa tendresse confuse étonnerait ma chair,
Et mes tristes regards, ignorants de mes charmes,
À d’autres que moi-même. adresseraient leurs larmes...

Vous attendiez, peut-être, un visage sans pleurs,
Vous calmes, vous toujours de feuilles et de fleurs,
Et de l’incorruptible altitude hantées,
Ô Nymphes !... Mais docile aux pentes enchantées
Qui me firent vers vous d’invincibles chemins,
Souffrez ce beau reflet des désordres humains !

Heureux vos corps fondus, Eaux planes et profondes !
Je suis seul !... Si les Dieux, les échos et les ondes
Et si tant de soupirs permettent qu’on le soit !
Seul !... mais encor celui qui s’approche de soi
Quand il s’approche aux bords que bénit ce feuillage...
Des cimes, l’air déjà cesse le pur pillage ;
La voix des sources change, et me parle du soir ;
Un grand calme m’écoute, où j’écoute l’espoir.
J’entends l’herbe des nuits croître dans l’ombre sainte,
Et la lune perfide élève son miroir
Jusque dans les secrets de la fontaine éteinte...
Jusque dans les secrets que je crains de savoir,
Jusque dans le repli de l’amour de soi-même,
Rien ne peut échapper au silence du soir...
La nuit vient sur ma chair lui souffler que je l’aime.
Sa voix fraîche à mes vœux tremble de consentir ;
À peine, dans la brise, elle semble mentir,
Tant le frémissement de son temple tacite
Conspire au spacieux silence d’un tel site.

Ô douceur de survivre à la force du jour,
Quand elle se retire enfin rose d’amour,
Encore un peu brûlante, et lasse, mais comblée,
Et de tant de trésors tendrement accablée
Par de tels souvenirs qu’ils empourprent sa mort,
Et qu’ils la font heureuse agenouiller dans l’or,
Puis s’étendre, se fondre, et perdre sa vendange,
Et s’éteindre en un songe en qui le soir se change.
Quelle perte en soi-même offre un si calme lieu !
L’âme, jusqu’à périr, s’y penche pour un Dieu
Qu’elle demande à l’onde, onde déserte, et digne
Sur son lustre, du lisse effacement d’un cygne ...
À cette onde jamais ne burent les troupeaux !
D’autres, ici perdus, trouveraient le repos,
Et dans la sombre terre, un clair tombeau qui s’ouvre...
Mais ce n’est pas le calme, hélas ! que j’y découvre !
Quand l’opaque délice où dort cette clarté,
Cède à mon corps l’horreur du feuillage écarté,
Alors, vainqueur de l’ombre, ô mon corps épaisseur panique,
Tu regrettes bientôt leur éternelle nuit !
Pour l’inquiet Narcisse, il n’est ici qu’ennui !
Tout m’appelle et m’enchaîne à la chair lumineuse
Que m’oppose des eaux la paix vertigineuse !

Que je déplore ton éclat fatal et pur,
Si mollement de moi, fontaine environnée,
Où puisèrent mes yeux dans un mortel azur,
Les yeux mêmes et noirs de leur âme étonnée !

Profondeur, profondeur, songes qui me voyez,
Comme ils verraient une autre vie
Dites, ne suis-je pas celui que vous croyez,
Votre corps vous fait-il envie ?

Cessez, sombres esprits, cet ouvrage anxieux Qui se fait dans l’âme qui veille ;
Ne cherchez pas en vous, n’allez surprendre aux cieux
Le malheur d’être une merveille :
Trouvez dans la fontaine un corps délicieux...

Prenant à vos regards cette parfaite proie,
Du monstre de s’aimer faites-vous un captif ;
Dans les errants filets de vos longs cils de soie
Son gracieux éclat vous retienne pensif ;

Mais ne vous flattez pas de le changer d’empire.
Ce cristal est son vrai séjour ;
Les efforts mêmes de l’amour
Ne le sauraient de l’onde extraire qu’il n’expire…

PIRE.
       Pire?
              Quelqu’un redit « Pire »… Ô moqueur !
Écho lointaine et prompte à rendre son oracle !
De son rire enchanté, le roc brise mon cœur,
Et le silence, par miracle,
Cesse !... parle, renaît, sur la face des eaux…
Pire?...
          Pire destin !... Vous le dites, roseaux,
Qui reprîtes des vents ma plainte vababonde !
Antres, qui me rendez mon âme plus profonde,
Vous renflez de votre ombre une voix qui se meurt…
Vous me le murmurez, ramures !... Ô rumeur
Déchirante, et docile aux souffles sans figure,
Votre or léger s’agite , et joue avec l’augure…
Tout se mêle de moi, brutes divinités !
Mes secrets dans les airs sonnent ébruités,
Le roc rit ; l’arbre pleure ; et par sa voix charmante,
Je ne puis qu’aux cieux que je ne me lamente
D’appartenir sans force d’éternels attraits !
Hélas ! entre les bras qui naissent des forêts,
Une tendre lueur d’heure ambiguë existe…
Là, d’un reste du jour, se forme un fiancé,
Nu, sur la place pâle où m’attire l’eau triste,
Délicieux démon désirable et glacé !

Te voici, mon doux corps de lune et de rosée,
Ô forme obéissante à mes vœux opposée !
Qu’ils sont beaux, de mes bras les dons vastes et vains !
Mes lentes mains, dans l’or adorable se lassent
D’appeler ce captif que les feuilles enlacent ;
Mon cœur jette aux échos l’éclat des noms divins !

Mais que ta bouche est belle en ce muet blasphème !

Ô semblable ! Et pourtant plus parfait que moi-même,
Éphémère immortel, si clair devant mes yeux,
Pâles membres de perle, et ces cheveux soyeux,
Faut-il qu’à peine aimés, l’ombre les obscurcisse,
Et que la nuit déjà nous divise, ô Narcisse,
Et glisse entre nous deux le fer qui coupe un fruit !
Qu’as-tu ?
            Ma plainte même est funeste ?
                                           Le bruit
Du souffle que j’enseigne à tes lèvres, mon double,
Sur la limpide lame a fait courir un trouble !
Tu trembles !... Mais ces mots que j’iexpire à genoux
Ne sont pourtant qu’une âme hésitante entre nous,
Entre ce front si pur et ma lourde mémoire...
Je suis si près de toi que je pourrais te boire,
Ô visage !... Ma soif est un esclave nu...
Jusqu’à ce temps charmant je m’étais inconnu,
Et je ne savais pas me chérir et me joindre !
Mais te voir, cher esclave, obéir à la moindre
Des ombres dans mon cœur se fuyant à regret,
Voir sur mon front l’orage et les feux d’un secret,
Voir, ô merveille, voir ! ma bouche nuancée
Trahir... peindre sur l’onde une fleur de pensée,
Et quels événements étinceler dans l’œil !
J’y trouve un tel trésor d’impuissance et d’orgueil,
Que nulle vierge enfant échappée au satyre,
Nulle ! aux fuites habiles, aux chutes sans émoi,
Nulle des nymphes, nulle amie, ne m’attire
Comme tu fais sur l’onde, inépuisable Moi !...

II

Fontaine, ma fontaine, eau froidement présente,
Douce aux purs animaux, aux humains complaisante
Qui d’eux-mêmes tentés suivent au fond la mort,
Tout est songe pour toi, Sœur tranquille du Sort !
À peine en souvenir change-t-il un présage,
Que pareille sans cesse à son fuyant visage,
Sitôt de ton sommeil les cieux te sont ravis !
Mais si pure tu sois des êtres que tu vis,
Onde, sur qui les ans passent comme les nues,
Que de choses pourtant doivent t’être connues,
Astres, roses, saisons, les corps et leurs amours !
Claire, mais si profonde, une nymphe toujours
Effleurée, et vivant de tout ce qui l’approche,
Nourrit quelque sagesse à l’abri de sa roche,
À l’ombre de ce jour qu’elle peint sous les bois.
Elle sait à jamais les choses d’une fois ...
Ô présence pensive, eau calme qui recueilles
Tout un sombre trésor de fables et de feuilles,
L’oiseau mort, le fruit mûr, lentement descendus,
Et les rares lueurs des clairs anneaux perdus.
Tu consommes en toi leur perte solennelle ;
Mais, sur la pureté de ta face éternelle,
L’amour passe et périt...
                           Quand le feuillage épars
Tremble, commence à fuir, pleure de toutes parts,
Tu vois du sombre amour s’y mêler la tourmente,
L’amant brûlant et dur ceindre la blanche amante,
Vaincre l’âme... Et tu sais selon quelle douceur
Sa main puissante passe à travers l’épaisseur
Des tresses que répand la nuque précieuse,
S’y repose, et se sent forte et mystérieuse ;
Elle parle à l’épaule et règne sur la chair.
Alors les yeux fermés à l’éternel éther
Ne voient plus que le sang qui dore leurs paupières ;
Sa pourpre redoutable obscurcit les lumières
D’un couple aux pieds confus qui se mêle, et se ment.
Ils gémissent ... La Terre appelle doucement
Ces grands corps chancelants, qui luttent bouche à bouche,
Et qui, du vierge sable osant battre la couche,
Composeront d’amour un monstre qui se meurt ...
Leurs souffles ne font plus qu’une heureuse rumeur,
L’âme croit respirer l’âme toute prochaine,
Mais tu sais mieux que moi, vénérable fontaine,
Quels fruits forment toujours ces moments enchantés !
Car, à peine les cœurs calmes et contentés
D’une ardente alliance expirée en délices,
Des amants détachés tu mires les malices,
Tu vois poindre des jours de mensonges tissus,
Et naître mille maux trop tendrement conçus !
Bientôt, mon onde sage, infidèle et la même,
Le Temps mène ces fous qui crurent que l’on aime
Redire à tes roseaux de plus profonds soupirs !
Vers toi, leurs tristes pas suivent leurs souvenirs ...
Sur tes bords, accablés d’ombres et de faiblesse,
Tout éblouis d’un ciel dont la beauté les blesse
Tant il garde l’éclat de leurs jours les plus beaux,
Ils vont des biens perdus trouver tous les tombeaux ...
« Cette place dans l’ombre était tranquille et nôtre! »
« L’autre aimait ce cyprès, se dit le cœur de l’autre,
« Et d’ici, nous goûtions le souffle de la mer ! »
Hélas ! la rose même est amère dans l’air...
Moins amers les parfums des suprêmes fumées
Qu’abandonnent au vent les feuilles consummées !...
Ils respirent ce vent, marchent sans le savoir,
Foulent aux pieds le temps d’un jour de désespoir...
Ô marche lente, prompte, et pareille aux pensées
Qui parlent tour à tour aux têtes insensées !
La caresse et le meurtre hésitent dans leurs mains,
Leur cœur, qui croit se rompre au détour des chemins,
Lutte, et retient à soi son espérance étreinte.
Mais leurs esprits perdus courent ce labyrinthe
Où s’égare celui qui maudit le soleil !
Leur folle solitude, à l’égal du sommeil,
Peuple et trompe l’absence; et leur secrète oreille
Partout place une voix qui n’a point de pareille.
Rien ne peut dissiper leurs songes absolus ;
Le soleil ne peut rien contre ce qui n’est plus !
Mais s’ils traînent dans l’or leurs yeux secs et funèbres,
Ils se sentent des pleurs défendre leurs ténèbres
Plus chères à jamais que tous les feux du jour !
Et dans ce corps caché tout marqué de l’amour
Que porte amèrement l’âme qui fut heureuse,
Brûle un secret baiser qui la rend furieuse...

Mais moi, Narcisse aimé, je ne suis curieux
Que de ma seule essence ;
Tout autre n’a pour moi qu’un cœur mystérieux,
Tout autre n’est qu’absence.
Ô mon bien souverain, cher corps, je n’ai que toi !
Le plus beau des mortels ne peut chérir que soi...

Douce et dorée, est-il une idole plus sainte,
De toute une forêt qui se consume, ceinte,
Et sise dans l’azur vivant par tant d’oiseaux?
Est-il don plus divin de la faveur des eaux,
Et d’un jour qui se meurt plus adorable usage
Que de rendre à mes yeux l’honneur de mon visage?
Naisse donc entre nous que la lumière unit
De grâce et de silence un échange infini !
Je vous salue, enfant de mon âme et de l’onde,
Cher trésor d’un miroir qui partage le monde !
Ma tendresse y vient boire, et s’enivre de voir
Un désir sur soi-même essayer son pouvoir !
Ô qu’à tous mes souhaits, que vous êtes semblable !
Mais la fragilité vous fait inviolable,
Vous n’êtes que lumière, adorable moitié
D’une amour trop pareille à la faible amitié !
Hélas ! la nymphe même a séparé nos charmes !
Puis-je espérer de toi que de vaines alarmes?
Qu’ils sont doux les périls que nous pourrions choisir !
Se surprendre soi-même et soi-même saisir,
Nos mains s’entremêler, nos maux s’entre-détruire,
Nos silences longtemps de leurs songes s’instruire,
La même nuit en pleurs confondre nos yeux clos,
Et nos bras refermés sur les mêmes sanglots
Étreindre un même cœur, d’amour prêt à se fondre...
Quitte enfin le silence, ose enfin me répondre,
Bel et cruel Narcisse, inaccessible enfant,
Tout orné de mes biens que la nymphe défend...

III

... Ce corps si pur, sait-il qu’il me puisse séduire?
De quelle profondeur songes-tu de m’instruire,
Habitant de l’abîme, hôte si précieux
D’un ciel sombre ici-bas précipité des cieux?
Ô le frais ornement de ma triste tendance
Qu’un sourire si proche, et plein de confidence,
Et qui prête à ma lèvre une ombre de danger
Jusqu’à me faire craindre un désir étranger !
Quel souffle vient à l’onde offrir ta froide rose !...
« J’aime ... J’aime !... » Et qui donc peut aimer autre chose
Que soi-même ?...
                   Toi seul, ô mon corps, mon cher corps,
Je t’aime, unique objet qui me défends des morts.
…………………………………………………………….

Formons, toi sur ma lèvre, et moi, dans mon silence,
Une prière aux dieux qu’émus de tant d’amour
Sur sa pente de pourpre ils arrêtent le jour !...
Faites, Maîtres heureux, Pères des justes fraudes,
Dites qu’une lueur de rose ou d’émeraudes
Que des songes du soir votre sceptre reprit,
Pure, et toute pareille au plus pur de l’esprit,
Attende, au sein des cieux, que tu vives et veuilles,
Près de moi, mon amour, choisir un lit de feuilles,
Sortir tremblant du flanc de la nymphe au cœur froid,
Et sans quitter mes yeux, sans cesser d’être moi,
Tendre ta forme fraîche, et cette claire écorce...
Oh ! te saisir enfin !... Prendre ce calme torse
Plus pur que d’une femme et non formé de fruits...
Mais, d’une pierre simple est le temple où je suis,
Où je vis… Car je vis sur tes lèvres avares !...
Ô mon corps, mon cher corps, temple qui me sépares
De ma divinité, je voudrais apaiser
Votre bouche... Et bientôt, je briserais, baiser,
Ce peu qui nous défend de l’extrême existence,
Cette tremblante, frêle, et pieuse distance
Entre moi-même et l’onde, et mon âme, et les dieux !
Adieu... Sens-tu frémir mille flottants adieux?
Bientôt va frissonner le désordre des ombres!
L’arbre aveugle vers l’arbre étend ses membres sombres,
Et cherche affreusement l’arbre qui disparaît...
Mon âme ainsi se perd dans sa propre forêt,
Où la puissance échappe à ses formes suprêmes...
L’âme, l’âme aux yeux noirs, touche aux ténèbres mêmes,
Elle se fait immense et ne rencontre rien...
Entre la mort et soi, quel regard est le sien !

Dieux ! de l’auguste jour, le pâle et tendre reste
Va des jours consumés joindre le sort funeste ;
Il s’abîme aux enfers du profond souvenir !
Hélas ! corps misérable, il est temps de s’unir...
Penche-toi... Baise-toi. Tremble de tout ton être !
L’insaisissable amour que tu me vins promettre
Passe, et dans un frisson, brise Narcisse, et fuit...


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